Au marché

Publié le par Jim

Nos vies en super/hypermarchés nous font passer à côté des plaisirs indicibles du marché de terroir.
Des plaisirs simples, petite visite guidée...
Nous sommes le 2 novembre, il doit être 10h00 et le marché bat son plein à Decazeville (Aveyron).


Au marché, il y a des expressions désuètes, des slogans dignes du temps de la réclame... comme "Allez au marché ! C'est bon, c'est vivant, c'est pour les bons vivants ! ". Derrière le plexi rayé sur lequel est apposé ce sticker, de la saucisse séche. " 2 kilos pour vous ma bonne dame !" (quelle fut bonne cette saucisse séche dégustée sur le pouce en plein milieu de la cuisine !).

Au marché de Decazeville, il y a des gens. De toutes les sortes. Beaucoup de "vieux" certes. Mais "l'humanité" règne ici en maîtresse. L'humanité, ce sont des gens qui se connaissent, peu ou pas du tout mais qui taillent tout de même une petite bavette. Pour le plaisir, comme ça, parce que "communiquer" est naturel. Là, sur le stand, un petit monsieur en bleu de travail et béret. Il est "tout équipé" (opinel; caisse enregistreuse d'un autre âge; des légumes tellement frais qu'on les dirait à peine sortis du champ...) et invective les uns, les autres. Souriant. Vivant.

Au marché, à Decazeville, c'est le lieu où l'on fait la mode. Pour preuve ! C'est écrit sur les portants !

Au marché, enfin, on n'a pas peur des maladies du poulet; du boeuf; du mouton... toutes ces petites bestioles batifolent, dans une cagette de confinement tout de même, au beau milieu des badauds. C'est d'ailleurs une petite mamie toute rabougrie qui tient la boutique. Ratatinée, presque transparente sur sa chaise pliante aux couleurs bariolées.
Une petite mamie comme on n'en voit plus guère en ville.
Où sont-elles ces grands-méres à la "Carmen cru" ?
Que sont-elles devenues ces dames d'un autre âge ?
Parquées dans des maisons de retraite ?
Mortes pendant la canicule ?
Ici, à Decazeville, elles subsistent encore de leur maigre commerce.
Ici, au marché, elles vous dévisagent d'un regard bleu perçant, et vous sourient.

Publié dans Et la culture bordel !

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Henri-Pierre 10/11/2006 15:42

Jolie morceau d'anthologie Jim, et si justement ressenti.Moi aussi je déplore la transmuttation des vraies grands mères en monstres du jeunisme obligatoire, en caleçons et T-shirts informes, la nuque rasée hérissée d'épis teints en rouge.Ce sont des dérisoires et vulgaires reflets du mal-vieillir et n'auraont jamais la noblesse d'une vraie grand'mère.

Jim 10/11/2006 18:41

C'est vrai, nos "grand-mères" avaient une forme de noblesse... les miennes (que j'ai fort peu connu) étaient pourtant des femmes sorties tout droit des milieux les plus modestes. Mais la noblesse n'a rien à voir avec le "pédigré"...

patrick 10/11/2006 13:52

Saumur en rélité n'aurait que cet intérêt là : celui de son marché qui me vaut chaque samedi matin quand nous sommes là naturellement, de me lever à six heures pour être devant l'étal du poissonnier quand il présentera le produit de sa pêche, chez Edith pour les légumes les plus frais, chez Joêl pour son jambon cuit à l'os mais aussi pour le regarder lui - il est si beau - et pour tous ces anonymes qui déballent, présentent, offrent dans cette effervescence du jour pas encore levé. A 11 heures, le charme n'opère plus, poussettes et mamans sacs à main, militaires ou cavaliers crottés et de cette crotte, odorants, catholiques militants genre slogan ravageur, la bible ça fait maigrir, non, non, il y faut venir à l'aube

Jim 10/11/2006 18:39

Poète Patrick !